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Comment décape-t-on la coque du voilier le plus rapide du monde sans creuser le carbone ? Réponse par Maël, technicien sur le chantier, qui a trouvé son couple grain/machine à force d'essais. Un retour d'expérience concret pour tous ceux qui préparent des surfaces composites avant peinture.
Sur la rénovation de L'Hydroptère, Maël a décapé la coque entière avant sa nouvelle peinture. En trois jours, l'application myMirka a relevé 50h19 sur la ponceuse.
Il partage ici son retour sans filtre : les grains testés, les réglages ajustés, et cette combinaison que l'équipe Mirka France n'aurait pas préconisée sur le papier, un décapage au grain 120 avec une interface de 5.
Parce que l'objectif n'est pas de rafraîchir : c'est de repartir d'une surface neuve. L'Hydroptère 2.0 est intégralement décapé pour recevoir une nouvelle peinture, sur fond blanc, prête à accueillir les marques des futurs partenaires. Là où le projet envisageait au départ une simple finition, l'exigence est montée d'un cran : il faut retrouver un support propre, homogène, avant apprêt.
Au total, la surface extérieure à préparer représente 450 m², mesurés pièce par pièce par Éric pour commander la peinture au plus juste. Une surface éclatée sur l'ensemble des éléments du trimaran, coque centrale, flotteurs, bras de liaison et mât, comme le détaille le carnet de visite du chantier.

Concrètement, cela veut dire enlever la totalité de l'ancienne livrée sur chaque pièce, coque, flotteurs, pont. Et selon la zone, ce n'est pas le même travail. La peinture des flotteurs partait relativement bien parce qu'elle était plus grasse. La partie supérieure, elle, s'est révélée nettement plus coriace : elle encrasse le papier et impose de trouver la bonne stratégie pour ne pas gâcher l'abrasif.
Sur les flotteurs, l'équipe a d'abord travaillé au grain 80. Le premier constat de terrain est brutal : à ce grain, sur ce type de peinture, l'abrasif s'use très vite. Au bout de deux ou trois passes, il ne ponce presque plus. D'où la recherche, très tôt, d'un compromis plus intelligent que « je monte en agressivité ».
Le couple gagnant trouvé par Maël pour décaper, c'est un grain 120 monté sur une interface de 5 mm, sur la Mirka® DEROS RS. Un choix contre-intuitif : sur le papier, personne ne recommanderait un grain aussi fin pour du décapage. Et pourtant, sur la coque de L'Hydroptère, ça décape et ça tient dans la durée.
La logique tient en trois observations que Maël a faites en enchaînant les essais :
Le grain 80 attaque fort mais s'épuise vite sur cette peinture, ce qui multiplie les changements d'abrasif. Le grain 120, lui, enlève très bien la matière et s'use beaucoup moins. Il chauffe aussi beaucoup moins : au 60, la peinture qui monte en température finit par « faire de la pâte » et empâter le disque, un effet qui disparaît en montant en grain.
L'interface change tout. La DEROS RS délivre un couple élevé, c'est ce qui lui permet d'attaquer une peinture coriace sans faiblir. Encore faut-il canaliser cette puissance : montée directement sur le disque, sans interface, elle accroche et devient difficile à guider. Avec une interface de 5 mm, le ponçage s'assouplit, une partie des vibrations est absorbée, et toute la puissance de la machine devient exploitable proprement. Sur ce point, l'équipe Mirka France reconnaît volontiers l'écart entre le process théorique et la réalité du terrain :
« Je n'aurais jamais préconisé un décapage au P120 avec une interface de 5mm. Mais entre le process qu'on détermine et la réalité d'un utilisateur, il faut savoir écouter l'un comme l'autre. Généralement, la vérité est à mi-chemin. »
Ce que confirme Maël du côté de l'usage : sans interface, la machine « t'emporte », le geste devient désagréable et le risque de creuser augmente. Avec, il sait exactement où il va, quitte à faire une passe de plus.

L'épaisseur de l'interface n'est pas un détail. Entre une interface de 5 mm et une de 10 mm, la différence est nette : plus l'interface est épaisse et molle, plus le disque « souple » et perd en agressivité. Avec une grosse mousse en 60, Maël avait l'impression de ne rien faire, le disque assoupli ne mordait plus. Le bon compromis pour décaper sans creuser, c'est donc une interface fine de 5 mm associée à un grain 120.
La règle que Maël a fini par établir seul, sans qu'on la lui explique : la DEROS RS enlève la matière, la DEROS fait la finition. Il l'a déduite de ses propres essais, et c'est exactement la logique système attendue.
La Mirka® DEROS RS, à mouvement rotatif, est faite pour retirer de la matière rapidement. Elle est puissante, elle ne vibre presque pas, ce qui est un vrai confort sur les grandes surfaces. Mais elle n'est pas conçue pour la finition : même avec un grain fin, son mouvement laisse des marques qu'une orbitale n'aurait pas laissées. Vouloir descendre en 240 avec elle, c'est prendre le risque qu'elle accroche, parce que c'est « presque trop fort pour tirer », et ce n'est pas fait pour ça.
La Mirka® DEROS, orbitale, est faite pour la finition. Plus silencieuse, plus douce, c'est elle qui reprend le travail après le dégrossissage pour amener l'état de surface au niveau voulu. Maël décrit précisément sa séquence : décaper au gros grain sur la DEROS RS, puis passer sur la DEROS pour la finition. Un enchaînement cohérent, qu'il a construit à l'usage :
« Je ne connaissais pas du tout le principe des deux machines. Je l'ai trouvé par moi-même. La grosse enlève bien, mais pour aller vers le plus fin, je reprenais avec la petite. »
Détail que Maël a également noté : le mouvement rotatif de la DEROS RS casse beaucoup moins le grain que l'orbitale. On use donc moins l'abrasif sur l'étape de décapage, ce qui, combiné au choix du 120, allège encore le budget consommable.
Autre gain de temps identifié : passer directement de la peinture au ponçage à la machine, sans étape manuelle. L'idée de départ était de décoller à la spatule, puis un léger coup de décapeur thermique. À l'essai, la ponceuse enlève très bien la peinture directement, ce qui supprime une étape.

La preuve la plus parlante de ce chantier n'est pas une impression, c'est un chiffre. Les ponceuses de dernière génération remontent leurs heures d'utilisation en Bluetooth, consultables dans l'application myMirka®. Sur la machine prêtée à l'équipe, le relevé est sans appel :
Le chiffre a de quoi surprendre. Rapporté à trois journées de chantier, il témoigne d'une utilisation particulièrement soutenue, bien au-delà de ce que l'on imagine spontanément. Il dit aussi quelque chose de la relation entre l'opérateur et son outil : à ce niveau d'usage, Maël connaît la machine dans ses réactions mieux que quiconque, y compris ceux qui la préconisent.

Ces données ont une seconde utilité, moins spectaculaire mais tout aussi déterminantes pour un partenaire technique : elles permettent de savoir précisément dans quelles conditions la machine a été utilisée et d'affiner les préconisations. Elles montrent par exemple que Maël a trouvé son régime de croisière autour de la vitesse 3, celui qui lui donne le meilleur compromis entre débit d'abrasion et contrôle sur ces grandes surfaces composites. Une information précieuse : elle indique le réglage qui s'est révélé le plus efficace sur ce type de peinture, et permet d'orienter les recommandations pour des chantiers similaires.
*Temps de fonctionnement cumulé enregistré automatiquement par l'application myMirka sur cette ponceuse connectée pendant les trois jours du chantier. Les résultats correspondent à cette intervention et peuvent varier selon les conditions d'utilisation.
Un réflexe de terrain à connaître : tourner trop bas en régime peut dégrader la captation de poussière. En montant légèrement la vitesse, l'aspiration à la source travaille souvent mieux. C'est un arbitrage que Maël a exploré directement sur les grandes surfaces composites du bateau.
L'enjeu dépasse le confort. Sur un chantier composite, la poussière captée à la source, c'est de la santé au travail préservée et une surface qui reste lisible pendant le ponçage. Le bon réglage de vitesse n'est donc pas seulement une question de rendement d'abrasion : il conditionne aussi l'efficacité de l'extraction. D'où l'intérêt de ne pas systématiquement chercher le régime le plus bas, mais de trouver le point où abrasion et captation travaillent ensemble.

Parce que sur ce chantier comme chez la plupart des ateliers, le réseau d'air n'est pas dimensionné pour alimenter une ponceuse pneumatique dignement. Sur L'Hydroptère 2.0, deux arrivées d'air seulement, avec un débit très juste. Insuffisant pour faire tourner une pneumatique dans de bonnes conditions.
C'est un discours que l'équipe Mirka France tient régulièrement en clientèle. Le pneumatique séduit parce qu'il est moins cher à l'achat, mais il suppose une étude de faisabilité préalable. Une ponceuse pneumatique consomme entre 400 et 500 litres d'air comprimé par minute. Beaucoup de compresseurs sont sous-dimensionnés, ou l'ont été à une époque où l'atelier comptait trois personnes contre douze aujourd'hui, toujours sur le même compresseur. Le calcul se fait vite.

D'où l'intérêt, pour beaucoup de professionnels, de basculer en électrique. Les bénéfices sont concrets : moins de bruit, moins de vibrations, un vrai confort d'utilisation, et des économies d'énergie puisqu'on ne fait plus tourner le compresseur. Maël pointe aussi un avantage ergonomique qu'on oublie souvent : le tuyau. Le tuyau d'air est rigide, il limite les déplacements. Le tuyau d'aspiration, plus gros mais bien plus souple, ne gêne pas le geste de la même façon.
Pour aller plus loin sur cet arbitrage, nous vous proposons un comparatif dédié : Outils électriques ou pneumatiques, comment choisir.
Le vrai enseignement de ce volet n'est pas une recette figée, c'est une méthode : trouver son couple grain/machine/interface à l'usage, en écoutant à la fois le process et la réalité de la surface.
Retrouvez le premier volet de cette série : Au cœur du chantier L'Hydroptère 2.0, carnet de visite, et la présentation du partenariat : Mirka France, partenaire technique de L'Hydroptère 2.0.
Vous préparez des surfaces composites avant peinture ? Prenez contact avec un expert Mirka pour définir le bon couple machine/abrasif selon vos pièces.